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« Rapatriés » de Pierre-Dahomey Néhémie

mercredi 19 avril 2017, par Doszen

"Pour son premier ouvrage, l’auteur se penche sur la thématique de l’immigration et de ses destins brisés. Belliqueuse Louissaint, une jeune haïtienne, tente une traversée clandestine depuis Haïti. Destination : les États-Unis. Elle ne parvient pas à rejoindre le sol américain et laisse un enfant lors de son périple maritime. Forcée de retourner sur sa terre natale, elle fait adopter ses deux filles : Luciole, qui disparaît en Amérique du Nord, et Bélial qui rejoint la France. Plus tard, l’une d’elle revient à Haïti mais se confronte à l’ultime exil de sa mère au moment des retrouvailles." - Éditeur

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« Rapatriés » est le premier roman de l’auteur Néhémy Pierre-Dahomey et c’est un livre furieusement haïtien en deux aspects : l’écriture, que je trouve superbe de maîtrise et d’une espèce de poétique réservée, semble-t-il, aux héritiers de Stephen Alexis ; et le récit du malheur. Le malheur est, semble lié, à l’écrit haïtien.
Tous ceux que j’ai lu ne content que malheur, violence, sombres destins parfois, seulement parfois, clôt par une lueur d’espoir. Exception faite de Danny Laferrière. Mais, nous le savons, le cas du Canado-Haïtien est particulier.

Le voyage dans ce roman est beau, mais tellement déprimant...
Bien sûr, le couple Belli et Nènè est quasi drôle dans son rapport amour-baston. Évidemment Marilyne, aux 1ers chapitres, est touchante. Mais ce quartier, très pauvre, qui regroupe tous les refoulés et les foireux de l’exil (de l’autre côté de l’Atlantique) rendrait dépressif un enfant des rues des favelas de Ndjili.

La seconde phase du roman est plaisante de lecture, toujours des histoires de misères du quotidien, non sans quelques éclats de drôlerie... mais Seigneur comment je me fais chier pendant la lecture ! La narration, bien que très, très belle, est sans surprise, sans aspérité, sans tension. Les histoires de malheur s’enchaînent à la queuleuleu sans qu’il n’y ait une sorte de vision globale. C’est désolant tant de qualité d’écriture pour une histoire qui baisse de plus en plus dans l’intérêt. J’ai envie d’aller faire un jogging à chaque page tournée.

Le dernier quart, qui met en scène le destin de la petite Bélial, et sa sœur Luciole mais, pour elle, l’auteur l’exfiltre très vite et la laisse se perdre sans faire l’effort de romancier ; lui inventer un destin.
Bélial, adoptée dans des circonstances que je tairais, vous n’avez qu’à lire, et qui vit désormais dans un petit village du côté de Dijon, est une enfant choyée par Pauline, sa mère adoptive ultra gauchiste, et c’est bien mais... là encore je ne suis pas convaincu de l’intérêt de la chose. Surtout quand on lit les longues discussions, extrêmement, trop, écrite, entre la mère et la fille et qui me donnent une impression de "faux", de "pas naturel". Bélial, certes présentée comme brillante, a un vocabulaire qui me déroute. C’est beau mais c’est pompeux.
Ensuite il y a la mère naturelle, Belli qui commence à ressentir les affres du manque de ces filles qu’elle a donné, sans hésitation et dans une espèce de coup de tête, l’irruption de Diogène, l’amour transit... m’ouai. Se rajoute une excursion, vite torchée, du devenir du fils ainé qui part en cacahuète en devenant boss de la pègre, tueur froid et boss des boss du quartier puis… plus rien. Plaisante digression mais...

Et que dire du dénouement ? Je ne sais pas si je dois crier au génie de l’originalité avec cette fin ou me dire que la trentaine de pages de fin est abracadabrantesque et déroutante.

Cette lecture me fait beaucoup penser au superbe "Enfants des cyclones" de Ronald C. Paul, notamment sur les destins d’une fratrie. Mais aussi au Gary Victor ("Le sang et la mer") pour le rapport entre frère et sœur. Il y a un fond de "Saisons sauvages" de Kettly Mars mais aussi du fabuleux "L’amour avant que j’oublie" de Lyonel Trouillot de par la violence sournoise, présente en permanence dans les vies des haïtiens. Tout ça en beaucoup moins bien. Malheureusement.
Je pense que c’est ça mon problème avec ce livre. Il est férocement haïtien (considérant ma petite connaissance de ses auteurs), avec tous les ingrédients déjà rencontrés par ailleurs ; violence, misère, écriture superbe, rapport familiaux, etc... mais un cran en-dessous.

C’est le premier roman et il souffre, mais je cherche la petite bête, de quelques faiblesses dans, je trouve, le récit. Des fils narratifs (trop) nombreux, des personnages jetés un peu vite dans les oubliettes, une tension que l’auteur peine à maintenir tout du long. Cependant, je dois dire que si cette lecture est un chouïa déceptif c’est surtout parce que je me suis habitué au caviar s’agissant des auteurs venant de Haïti. Alors, l’écriture est vraiment très, très belle (mais c’est normal, il s’agit d’un haïtien quand même !) mais l’histoire ne me prends vraiment pas aux tripes. Je pense que suis passé un peu à côté de ce livre qui reste, cependant, une lecture agréable.


"Rapatriés"

Pierre-Dahomey Néhémie

Éditions du Seuil

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