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Rumbissimo

La Rumba, l’ADN Congolais - Hommage à Lutumba Simaro, le poète

jeudi 11 avril 2019, par Doszen

"La Rumba, celle de Lutumba Simaro, est est aussi sociale, elle dit le quotidien des gens. Elle dit le l’après-mort d’une façon magnifique dans "Affaire Kitikwala ("J’étais menteur, j’ai tout laissé aux couturiers, aux menuisiers}", elle dit le décès, les gens d’après, le deuil dans "Mabélé" "

La puissance de la musique, de la Rumba, notre ADN à nous Congolais...

"Eau bénite" c’est la champion’s league des rumbas congolaises. C’est l’essence même de la chanson d’amour-déception-poétique.

La rumba, surtout celle de Ok Jazz (et donc de Lutumba) a toujours été un miroir tendu aux mœurs congolaises. la rumba a toujours dit le "moi" congolais, son quotidien, ses habitus. Cette chanson, à elle seule, montre à tous ceux qui fantasment sur la - place de - la femme congolaise dans notre histoire, combien trop de gens se fourrent le doigt dans l’œil. jusqu’au moignon.

La femme congolaise est puissante. et libre. La preuve ? Cette chanson est la complainte d’un cocu. Un type dont la femme, libre, s’est barrée le laissant pleurnichant ("Na boyi O simba ngaI na nzoto, maboko na yo matondi makila, makila ya motéma na ngaï O zokisi") et totalement aigri ("épayi O kéï zala mwa fidèle"). Le gars menace même de ne pas accepter un quelconque retour ("O Ko ya ko kuta porte ba kanga, chien méchant") alors que les champs suinte du désir du retour de la dulcinée.

Je l’ai déjà dit une fois, la Congo est sans doute l’un des seul pays où la musique, cette rumba, est très majoritairement faite par des hommes qui campent des femmes fortes, limite castratrices, qui leur en font voir de toutes les couleurs. Écoutez "Verre cassé" pour vous en convaincre ("Je ne voulais pas que tu partes, je ne voulais pas que l’on se sépare, et tu as fait de moi la risée des gens de Kinshasa" ). Les hommes chantent leur admiration et leur allégeances aux femmes comme dans Kadima ("Kadima je t’avais demandé la permission de partir en voyage et de pouvoir revenir pour t’épouser"), ne parlons même pas de Mamba ("Aujourd’hui nous sommes séparés comme l’eau et l’huile peuvent l’être dans une bouteille" ).
Dans la rumba congolaise les hommes ne sont pas faibles, ne sont pas pathétiques... ils sont amoureux et rendent hommages à la force des femmes. Le Congo est le premier pays féministe au monde (oui, j’ai dit !) parce que les hommes le sont.

Et la Rumba, celle de Lutumba Simaro, est est aussi sociale, elle dit le quotidien des gens. Elle dit le l’après-mort d’une façon magnifique dans "Affaire Kitikwala"("J’étais menteur, j’ai tout laissé aux couturiers, aux menuisiers"), elle dit le décès, les gens d’après, le deuil dans "Mabélé" (" Ebale mozindo ekati ngambo o, Matiti ekotiola, babuatu ekotiola, Kasi bolingo na ngai enani se konana"), mais aussi et surtout dans "Testament ya Bowulé" ("Tu n’as pas voulu que je te vois partir, tu m’as demandé d’aller te chercher un verre d’eau et tu t’es éteint dans mon dos, Bowulé, tu as été méchant").
La rumba dit le quotidien de la maitresse, les petites mesquinerie de la vie ("Ce n’est même pas la faute de la maitresse, c’est la faute de ce commerçant qui nous a vendu le même pagne"). La malignité des hommes dans "Vaccination y a ba soucis" ("Si je le savais, je t’aurai aimé avec de la réserve. Les soucis ont commencé un jeudi, tu m’as réveillé en t’énervant pour une chose dont je ne savais rien, tu es sorti et n’est pas revenu de la journée"). La rumba dit l’ingratitude des hommes avec "Tala merci ba pesaka na mbua" ("même si tu n’étais pas sûr de moi, tu n’aurais pas dû m’humilier à ce point dans tout Kinshasa. Qui ais-je tué dans ta famille pour mériter ça ?").

Mais au-delà de toutes ces chansons, LE MUST TO BE LISTEN, la chanson d’amour tube par excellence de Lutumba, c’est "Maya". Cette chanson, ces paroles d’amour et de pleur, ce Spleen... avec cette guitare. C’est THE son. Le refus de perdre l’amour, le gars qui s’accroche, qui espère, qui la veut, et qui se résigne ("Maya, je me suis mordu la langue, le sang s’est mélangé à la salive, je ne sais pas quelle partie jeter, qu’elle partie avaler").
Pour finir, la phrase qui tue : " poni yo knada lokola liwa, osali zoba lokola ndonki " ("Pourquoi tu es haineuse comme la mort, ça t’a rendu conne comme une démone").
Je dois vous la traduire. Mais j’ai peur de perdre toute la poésie. Apprenez le lingala !

Pour finir, anecdote.

Quand je suis arrivé en France, moi le blédard, à écouter en permanence mes rumbas nationale, je suis tombé sur mon frère qui n’était alors que mon cousin. En mwana ya poto [1] qui se respecte, en afropéen pure jus, grandi dans le 95, il n’avait d’oreille que pour Booba, Les Sages Pos, La Crim’, Lunatic, etc. et quand il sortait de son son de banlieusard c’était pour se déhancer sur du Flavor Flav, NWA, Nas, Mobb Deep... bref, du bon gros son de gangster !
Puis, j’ai surgi, O bénédiction (lol) dans sa vie. J’ai commencé à régulièrement squatter chez lui les week-ends et dans sa vieille Passat - dont les sièges arrières sont encore sans doute en désintox-sexuelle - j’ai apporté plus de rumba, du Madilu Système. Son oreille s’est dressé. "Pas mal ce son".
Trois mois après, je remonte de la froide Orléans pour un samedi à l’Atlantis, et j’entends mon zinc, l’afropéen fini (!), fredonner "Eau bénite". Il connaissait la chanson par cœur !
Puis, inévitablement, il a basculé. Koffi, JB, Werra... le type est devenu le concurrent N°1 des danseuse du Grand Mopao. Avec une bande gars "pas tubulaire", on a fiat un dépôt de RIB à l’Atlantis et le ndulé est rentré dans son corps. Puis ce fut le voyage à Kin, la visite d’un commissariat pour "photographie d’un rond-point passible de la peine de mort", mais ça, c’est déjà une autre histoire...


[1, enfant de l’Europe,

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